Centre National de la Création Musicale CESARE – 21 au 23 novembre 2023
ÉCOUTER AUTREMENT
- MARATHON CRÉATIF DÉDIÉ À LA TRANSVERSALITÉ DANS LES MUSIQUES DE CRÉATION -
Organisé à Saint-Ex, lieu d’expérimentation artistique dédié aux arts numériques, ce marathon créatif a été porté par le Centre National de la Création Musicale CESARE-Reims à l’invitation du ministère de la Culture – Direction Générale de la Création Artistique (Délégation musique) et avec le soutien de la DRAC Grand Est.
Une trentaine de personnes se sont ainsi réunies pour ce temps fort créatif et collaboratif, guidées par le désir d’imaginer de nouveaux espaces d’écoute pour les musiques de création.
3 jours dédiés à la rencontre, à l’expérimentation et à la création !
3 équipes de 8 personnes
venues d’horizons variés se sont constituées,
avec 8 profils différents :
des chercheurs (un géographe, un neuroscientifique, un anthropologue) ;
des artistes musicien.n.es - Musique de création ;
des artistes musicien.n.es venues d’autres esthétiques musicales (art lyrique et vocal, musique traditionnelle, jazz…) ;
des compositeur.trice.s ;
des artistes numériques ;
des artistes du spectacle vivant (metteur en scène-auteur, chorégraphe, vidéaste…);
des professionnel.le.s de lieux de diffusion musicale;
des facilitatrices.
Chacune des équipes s’est emparée de l’une des 3 sous-thématiques proposées :
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Géographie des interprètes pensée dès l’écriture, dispositifs sonores immersifs, spatialisation musicale et sonore, concerts sous casques/sous dômes, déplacements géolocalisés en réalité sonore augmentée, compositions conçues pour des architectures résonantes ou atypiques, installations sonores in situ, systèmes mobiles de perception sonore par conduction osseuse…
Comment prendre en compte aujourd’hui la question de l’espace dans la composition des musiques exploratoires et dans l'interprétation musicale ?Comment imaginer de nouvelles écoutes collectives, en s’emparant de l’espace et des outils numériques et technologiques contemporains ?
Comment transformer les scénographies en sonographies spatiales ?
Comment créer enfin de nouveaux formats d’écoute et de rencontres avec les publics qui prennent en compte et questionnent la notion d’espace ?
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Immersion dans des espaces virtuels, travail autour des illusions et du mouvement, dispositifs de réalité virtuelle, installation vidéo, installations lumière, nouveaux formats hybrides… Dans la lignée du Polytope de Cluny de Iannis Xenakis qui explorait déjà les liens entre musique et visuel, quelles peuvent être aujourd’hui les nouvelles propositions croisant musiques exploratoires et dispositifs visuels ? Comment imaginer de nouvelles écoutes synesthésiques ? Comment repenser le rapport à l’écoute et le lien entre musique et visuel grâce aux dispositifs numériques contemporains ? Quelles nouvelles narrations musicales et visuelles inventer ?
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Musiques sacrées, musique et bouddhisme, musique et transe, musique et chamanisme, musique et guérison, musique et inconscient… l’impact du sonore sur le sensible existe depuis toujours.
Comment les musiques de création pourraient-elles aujourd’hui favoriser une écoute intérieure, sensible, un lâcher prise, chez le spectateur ? Quels nouveaux espaces d’écoutes intérieures imaginer ? Quelles mises en situations corporelles inventer pour favoriser l’écoute ?
Bains de gongs, siestes sonores, conscience hypnotique, travail sur l’onde sonore, dispositifs vibrants, sensitifs… Proposer des musiques de création dans des contextes non dédiés peut nous permettre de redécouvrir l’impact de l’ouïe sur le sensible.
Les dispositifs créés
Après 3 jours d’échanges, les participant.e.s présentent leurs prototypes de création lors d’un temps de restitution.
L’EMPREINTE DES LIEUX
Thématique : Écoute collective et espace géographique
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Comment faire récit sans proposer une œuvre narrative ? Comment amener chaque spectateur à voir une expérience différente de l'œuvre ? Comment amener à entendre autrement ?
L’empreinte des lieux est une exposition de la mémoire sonore d’un lieu qui mêle les codes des arts plastiques et ceux des arts du spectacle.
Le spectateur déambule librement dans ce dispositif qui emprunte autant à l’espace muséal qu’à l’installation sonore, et crée sa propre partition au fur et à mesure de son déplacement.
L ‘œuvre ainsi créée invite le public à questionner ses propres pratiques d’écoute par de multiples possibilités des moyens de diffusion. L’idée est également de travailler sur les différents plans sonores et points d’écoute.Ce projet a vocation à être installé dans des lieux différents, et dans leur localisation, et dans leurs fonctions sociétales. Ceci nécessite au préalable une résidence de collecte de matériaux pour adapter le dispositif au lieu à révéler. Cette collecte s’appuiera sur la complicité d’habitants/spectateurs et permettra d’établir la cartographie sensible du lieu, qui elle-même servira de base à la scénographie de l’installation.
Il s’agira de construire le musée sensible d’un espace et de la mémoire de ses habitants, en occupant différentes surfaces investies par des propositions sonores et musicales, en jouant sur différentes formes d’écoute : musique live/enregistrée, sous casque/multidiffusion, amplifiée/acoustique, en pleine lumière/dans le noir…
Pour cette restitution, les participants se sont inspirés de leur environnement proche - le bâtiment de Saint Ex et son quartier -, et se sont plongés dans l’histoire de ce territoire qui s’est révélé être un ancien marais.
A travers la réalisation de ces prototypes, les équipes ont cherché à expérimenter collectivement autour des 3 thématiques proposées.
Les discussions ont également soulevé de nombreuses pistes de travail en dehors de ces trois thématiques et dessiné de nouvelles perspectives de travail pour d’éventuels futurs projets.
Par : Yann Calbérac, Vincent Carinola, Mathieu Chamagne, Patricia Dallio, Marinette Dozeville, Iris Kaufmann, Elodie Pasquier, Elodie Presles.
Facilitation : Augustine Frémond
TOPIC
Thématique : Écouter-voir : immersion visuelle et sonore à l’ère du numérique
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Nous sommes en 2222 et toutes les voitures ont disparu de la surface de la Terre. Dès lors, à quoi peut bien servir un parking ? Quelles traces demeurent dans ce lieu de son ancien usage ?
Inscrite dans la mémoire des murs, une histoire des mobilités urbaines se découvre, et quatre groupes de public archéologue, guidés par quatre chanteurs, s’immergent dans un récit fictionnel qui voyage de l’avenir au passé.
Hacker le souterrain d’un parking pour en faire un lieu spectaculaire nous semble propice au renouvellement de l’écoute, là où il est redoutable de tenter d’implanter de nouvelles pratiques dans d’anciens lieux toujours empreints de fortes habitudes.
Dès lors, la portée du lieu, son détournement, l’imaginaire qu’il génère, son fort potentiel de réhumanisation, sa vacuité en font une force en devenir, une charge émotionnelle puissante, y compris négative par l’effroi et la menace, à repoétiser.
Dans 200 ans, que reste-t-il ? Que comprend-on ? Qu'entend-on ? Que trouve-t-on ?
Ainsi, nous proposons à 4 groupes de 50 personnes un parcours sonore en déambulation, accompagnés par 4 chanteurs, à travers 4 scénettes sonores et visuelles de 9 à 12 minutes dans un parking souterrain. Ces 4 partitions sont conçues pour être ensuite réunies, dans une porosité symphonique.
Les 200 spectateurs rassemblés découvrent ainsi à la fin un cinquième tableau, superposant les quatre premiers et les 5 performers (4 chanteurs et un instrumentiste).
Par : Annabelle Playe, Caroline Marçot, Thomas Nguyen, Jérôme Villeneuve, Jonathan Larcher, Arnaud Laffond, Malo Lacroix.
Facilitation : Claire Lebrun
INTÉRIEUR-EXTÉRIEUR
Thématique : Écoutes intérieures et lâcher prise
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L’écoute intérieure se réduit-elle à écouter la musique de nos organes ?
Par où souffle le souffle ? Sommes-nous des roseaux coupés à travers qui le vent passe ?
A partir d’hypothèses scientifiques sur la perception et l’imagination, et en s’appuyant sur les pratiques personnelles des participant.e.s - de la flûte oblique aux neurosciences en passant par la musique, la chorégraphie et la littérature -, la proposition explore les possibilités de résonance d’une salle de travail donnée.
En faisant le choix de développer un propos in situ, les « marathonien.ne.s » ont découvert la possibilité de composer un blason du corps intérieur. Dans ce dispositif, le public pénètre dans un espace chaotique où résonnent des sonorités de flûte et de voix qui scandent une litanie lexicale détaillant le corps humain, du cœur au cerveau en passant par la moindre cellule.
Il entre ainsi dans un espace double articulant des régimes d’écoute entre intérieur et extérieur, organique et théorique, cérébral et viscéral, érotique et sympathique, son et silence, on et off…
Par : Isabelle Courroy, Nicolas Farrugia, Emmanuelle Grangier, Lancelot Hamelin, Anthony Laguerre, Olivier Normand, Afif Riahi.
Facilitation Alice Le Guiffant
Les ressources à disposition
Différentes ressources étaient proposées aux participant.e.s pour les appuyer dans leur travail de réflexion et de création !
● Des mini-conférences
Le musicologue Makis Solomos a proposé une intervention sur la question du développement durable dans le secteur musical en écho à ses recherches. Il a également partagé des pistes de réflexion en lien avec les thématiques.
Nicolas Farrugia, neuro-scientifique spécialisé dans l’audition, a proposé une présentation sur les “Approches interdisciplinaires en Neurosciences et Musique” en lien avec la thématique Écoute collective et espace géographique ;
Jonathan Larcher, anthropologue et cinéaste, a partagé sa réflexion, titrée “Qu’entendent les rennes ? Le perspectivisme acoustique en anthropologie” en lien avec la thématique Écouter-voir : immersion visuelle et sonore à l’ère du numérique ;
Yann Calbérac, géographe, a présenté son travail intitulé “Le son, point inouï des spatialités scéniques” en lien avec la thématique Écoutes intérieures et lâcher prise ;
un pôle de ressources documentaires proposant une sélection d’ouvrages pour nourrir la réflexion étaient mis à disposition des équipes, notamment des livres sur la musicologie, sur la spatialisation du son, les écoutes intérieures, sur le compositeur Xannis Xenakis...
un techshop avec du petit matériel pour scénographier les restitutions et du matériel technique et numérique son, lumière et vidéo pour performer les dispositifs.
Le marathon sur écoute…
Marie Guérin, artiste sonore, était présente tout au long du marathon pour garder une trace de l’évènement . Découvrez ici son podcast !